Marielle ne pouvait s'empêcher de converser avec Hugo. C'était simple : il l'attirait. Tout lui plaisait : ses cheveux blonds épi, ses yeux bleus éclatant, son sourire charmeur, son humour. Depuis qu'elle parlait avec lui, elle ne cessait de sourire, au point d'en avoir une douleur à la mâchoire. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti cela. Mais elle s'en rappelait encore, de cette nuit. De ses lèvres douces. De ses mains fortes lui caressant la joue, son corps. Elle, lui passant les doigts dans les cheveux, l'embrassant. Lui...
« Non, je ne dois pas y penser », se dit-elle, « je ne veux pas »
Deux heures plus tard, le bus s'arreta enfin à sa destination.
« Le trou paume de la Bretagne », pensa Séna. Elle rangea rapidement son livre, dont elle n'avait lu qu'une page. En effet, elle avait trouvé la « conversation » de Maxime et d'Enora mille fois plus passionante. Elle attendit patiemment pour que tout fut passé, puis sauta lestement hors du bus, la dernière.
Julien sortit le premier, impatiemment. Il voulait commencer le plus tôt possible. Apres tout, c'était ce dont il voulait depuis des années. Suivre les pas de son père, général. Le rendre fier de lui, fier qu'il soit son fils. Surtout, ne plus le décevoir.
Les jeunes gens attendirent ce qu'ils leur semblaient des heures, même si ce n'était que quelques minutes, dehors, devant un grand immeuble aux couleurs ternes et maussades. Des grilles entouraient . Enfin, quelqu'un en uniforme vert-de-gris, couvert de médailles, apparut, suivis d'autres hommes vêtus de la même manière, seulement avec moins de médailles. Le groupe de jeunes l'entoura pour mieux l'entendre.
« Bienvenue ! », s'exclama-t-il d'une voix forte et dure, « Je suis le colonel Morin. Je voudrais tout d'abord vous féliciter de votre action : celle de vouloir défendre votre pays, et aussi de votre réussite aux tests préliminaires, qui ont déterminé vos capacités respectives, et qui vous ont permis de rejoindre l'Armée. Cependant, la vie ici est loin d'être facile. Bien au contraire. N'ayez pas d'illusions les enfants. »
Il les regarda tous individuellement, d'un air grave.
Séna baissa les yeux, intimidée par ce vieil homme strict et incommode. Sa voix rauque la mettait mal à l'aise. Elle tourna la tête pour voir la réaction des autres. Tous étaient serieux, même le blond qui était si souriant dans le bus. Ses pensées furent interrompues par la voix du colonel Morin.
« Bon. Je vais vous épargner de mon long discours habituel, vu que le bus est arrivé en retard et que nous n'avons aucune minute à perdre. De toute façon, vos lieutenants correspondants vous expliquerons tout. »
Il gesticula vers les hommes derrière lui, ordonnés en rangée.
« Vous allez être divisés en Unités de Combat de Terre. Quand votre lieutenant énoncera votre nom, vous vous placerez en colonne derrière lui. »
Il détailla momentanément les jeunes futurs soldats.
« Et dorénavant, vous direz : « Oui mon colonel ». Est-ce clair ? »
Un « Oui mon colonel » se fit entendre, fort et clair. A croire qu'ils s'étaient entraînés pour ca. Le colonel reprit.
« A présent, je cède la parole au lieutenant Fauré. »